mardi 7 octobre 2008

Une dame d'honneur de Marie Antoinette




Laure Auguste de Fitz-James (1744-1804), était la fille du duc de Fitz James, Charles de Berwick, maréchal de France et de la duchesse,née Victoire Goyon de Matgnon. Elle fut mariée le 28 septembre 1762 à Philippe Gabriel Maurice Joseph d'Hénin Liétard, prince de Chimay dont elle n’eut aucune postérité.

" Cette princesse, encore plus distinguée par sa foi et sa piété que par le sang royal des Stuarts dont elle étoit issue, doit trouver place dans cei ouvrage , particulièrementdestiné à cou- sacrer le souvenir des vertus qui honorent la religion, comme à recueillir les événemeus qui l'intéressent. Petiie-fille du maréchal de Bervrick, de ce héros dont les victoires assurèrent à Philippe V la couronne d'Espagne ; fille du dernier maréchal de Fitz-James, elle sembloit avoir reçu, avec le sang de ses ancêtres, l'élévation des sentimens, l'amour de la religion, la fidélité inviolable pour des souverains malheureux. héritage qu'elle a eu la consolation de voir recueillir avec gloire par ses neveux. Elle puisa, dans les grands exemples de ses vertueux parens, cette piété sincère, aimable, éclairée, qui fut l'ame de sa vie entière. Aussi conserva-t-elle la vénération la plus- profonde pour les auteurs de ses jours. Ils étoient sa gloire et ses modèles; et parmi tous les titres qu'ils lui avoient laissée, le seul dont elle parlât avec complaisance étoit celui d'enfant des sfiints, qu'elle s'eflbrcoit de mériter en les imitant. Elle épousa, en 1763 , M. le prince de Chimay , dernier rejeton de son ancienne maison. Placée , fort jeune, près de la reine Marie Leczihska, en qualité de dame du palais, elle fut bientôt nommée dame d'honneur de la Reine, femme de Louis XYI. Pendant (rente années qu'elle parut à la cour; elle y lit constamment admirer la réunion de tous Irs dons de la nature, avec les vertus les plus solides, toutes les qualités propres à plaire., avec une piété qui ne se démentit jamais, et dont la calomnie même -n'osa tenter de ternir l'éclat. Son unique ambition fut de remplir ses devoirs; elle s'y livroit avec un dévouement plein de dignité. Elle ne vit dans la première place de la cour qu'une obligation plus rigoureuse de donner de grands exemples, et quelquefois des conseils utiles. Mais en disant la vérité, elle eut l art si difficile de la faire entendre sans blesser, par ses •égards respectueux , par une douceur pleine de charmes , qui en tempéroit l'amertume. Disons à la louange de la Reine, qu'elle apprécia ce mérite si rare dans les cours; elle l'honora d'une confiance plus glorieuse pour la souveraine qui l'accorde, que pour celle qui sait la mériter par de si nobles moyens. Si sa vertu inspira le respect , elle sut mieux encore se faire aimer, par l'indulgence et la bonté pour ses inférieurs, par une bienveillance attentive et prévenante, qui lui méritèrent l'attachement de tous ceux qui eurent le bonheur de l'approcher. Au sein des illusions et des plaisirs, le soulagemeut des malheureux et la douceur de l'amitié furent les seules jouissances qu'elle sembla s'être réservées. Le choix de ses amis honore également son discernement et son cœur. Aussi les amis de sa jeunesse lurent-ils ceux de toute sa vie; ils furent , avec sa famille, les objets constansde ses soins les plus assidus, et de ses affections les plus tendres. Les regrets qu'elle leur a laissés ne peuvent s'adoucir que par l'espérance du bonheur que tant de vertus lui ont sans doute mérité . L'indigence et le malheur furent toujours auprès d'elle une recommandation toute puissante : nulle bonne œuvre qui n'intéressât son zèle; et comme elle ne vouloit jamais le bien à demi, elle commençoit par s'imposer à elle-même des privations rigoureuses. Elle ne dédaignoit pas aussi de solliciter des aumônes; c'étoit pour elle l'emploi le plus doux de l'autorité que son rang et ses vertus lui avoient assurée. Sa prospérité n'avoit pu la séduire ; le malheur la trouva inébranlable. Peu de François ont plus vivement senti les maux de leur pairie, et surtout ceux de la famille royale. Sa seule consolation fut de prodiguer à sa souveraine malheureuse toutes les marques du plus fidèle attachement. La journée du 10 août vint les séparer pour jamais. Mme. la princesse de Chimay , forcée de se bannir comme tant d'autres, se fit partout distinguer par son angélique piété, et par sa touchante sollicitude pour tous les malheureux que les événemens avoient forcés de fuir, comme elle, leur patrie. "

D'abord dame du palais de la reine Marie Leczinska , elle devint dame d'atour de la reine Marie-antoinette en 1775 à la suite de Mme de Mailly, puis succéda à la comtesse de Noailles, la fameuse" Madame Etiquette" tant détestée par Marie Antoinette, à la suite de sa démission. Fort complaisante , elle accepta le nouveau statut de la dame d'honneur de la reine, qui avait beaucoup perdu de droits quant la reine rétablissa la charge supérieure de surintendante de la Maison de la reine.

Mme Campan nous indique en quoi consiter sa charge : " La dame d'honneur nommait aux emplois et aux charges ; recevait les prestations de serment en l'absence de la surintendante; faisait les présentations; envoyait les invitations au nom de la reine pour les voyages de Marly , de Choisy , de Fontainebleau , pour les bals, les soupers , les chasses ; le renouvellement du mobilier, du linge et des dentelles de lit et de toilette, se faisait par ses ordres. Le chef du garde-meuble de la reine travaillait avec la dame d'honneur sur ces objets; le renouvellement des draps, serviettes , chemises , dentelles , avait lieu , jusqu'à l'époque où M. de Silhouettefut nommé contrôleur-général , tous les trois ans ". En fait, elle était constamment présente auprés de la reine, depuis son lever à son coucher, donnant les ordres er surveillant tous les faits et gestes des domestiques dans l'appartement de la reine et particulièrement dans la chambre à coucher. Tous les jours , elle assistait , à la seconde place derrière la Surintendante, au lever de la reine, l'escorter à la messe, à son petit couvert public , participer à sa promenade et à son jeu. Pareillement au matin, elle était tenu d'assister au bon déroulement du coucher de la reine, mais dut s'en dispenser souvent car la reine vivait la nuit, dés le début de sin régne, mettant à mal , l'étiquettes et les cérémonies journalières de sa vie de représentation.

Elle avait toujours le deuxiéme place dans le carosse de la Reine, à chaque sortie officielle de la Reine.

Elle était également chargé d'une partie de ce que l'on applerait aujourd'hui secretariat administratif, supervisant l'emploi du temps officiel de la reine, ses audiences, son courrier officiel, les affaires de bienfaisances et de solliciteurs.

Elle avait ses " entrées" à toute heure dans les petits appartements et au petit Trianon ( om elle disposait d'une chambre entresolée ), mais elle ne dirigeait rien car , dans ces espaces intimes, seule la reine était la maitresse de maison et y faisait régner l'ordre qu'elle souhaitait.


Elle remplira cette charge avec un tel tact vis à vis de la surintendante, et sut si bien s'adapter aux besoins et à la coterie de la reine, que celle ci lui en fut gré qu'elle la conserva comme dame d'honneur jusqu'à la chute de la monarchie.La princesse de Chimay, devint ainsi pendant dix-sept ans dame d'honneur. La princesse de Chimay, dame d'honneur de la reine , douée d'excellentes qualités , n'en fut pas moins mordue par le chien de la cour , c'est-à-dire atteinte de la manie de ranconner le plus possible la famille royale. Elle demanda une augmentation de traitement de quarante mille livres qui lui fut accordée , ce qui porta sa pension à cent mille livres , sans compter une somme semblable provenant de bénéfices divers. C'est une preuve qu'en ce temps-là les choses se faisaient grandement dans la royale maison de France.

Modèle de la Cour par sa piété et ses vertus. "La princesse de Chimay était, je l'ai dit, une femme charmante et bonne, aussi élégante que distinguée par sa conduite et ses vertus" indique la baronne d'Oberckirch dans ses mémoires."
Le prince de Montbarrey détaille ses vertus - qui détermineront probablement la reine à la choisir quant il fallut remplacer la revéche et compassée comtesse de Noailles : " La princesse de Chimay qui succéda à la maréchale de Mouchy, réunissait à une haute naissance une grande vertu. Sa réputation était à l'abri de tout soupçon ; mais ces qualités, qui suffisent à un particulier, ne donnent pas la fermeté qui maintient et conserve les formes de l'étiquette, et qui imposeà la familiarité. La princesse de Chimay fut un modèle d'honnêteté, comme la maréchale de Mouchy, mais elle n'eut pas la force de faire suivre son exemple."


De part cette charge importante au sein de la " Maison de la Reine," elle posséda au chateau de Versailles, un splendide appartement à l'attique de l'aile des princes, et cet appartement de fonction - était si grand que l'on avait nommé ,l'attique où elle habita l'attique Chimay.

La princesse de Chimay occupa en effet un appartement de plus de 12 piéçes dans l'attique de l'aile du midi , ayant vue sur le parterre du midi, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la verrière de la galerie des Batailles.

L'appellation " Attique Chimay" venant du logement de cette dame , est en fait, erronnée et date des années 1950 au moment où G Van Der Kemp réaménagea cet étage, en espaces muséographiques consacré à l'Empire.

Cet attique ne concerne ,en fait , l'étage au dessus du Gd appartement de la reine, la salle du Sacre, la salle de 1792, l'escalier des Princes et le dessus de la Galerie de pierre de l'aile du midi.


Malgré le voisinage immédiat avec la reine, on ignore la raison pour laquelle les "grandes charges "de la maison de la reine ( comme les dame d'honneur, dame d'atour, premier écuyer ) n'habitaient pas cet endroit, car selon l'usage ces dignitaires disposaient d'appartements de fonction situés au plus prés de leur lieu de travail. Il aurait été logique que cette dame d'honneur habita l'attique sur jardin au dessus de la reine, c'était l'endroit idéal pour son habitation . Au Louvre, par exemple, les dames d'honneur habitaient au sein de l'appartement de la reine, un logement au dessus de celui de la reine, relié par un escalier particulier, préte à répondre aux ordres de la souveraine.

Etrangement , ce ne fut jamais le cas à Versailles. La dame d'honneur ne disposa que de 2 cabinets dans les combles au dessus des cabinets intérieurs de la reine pour se reposer pendant son service journalier - piéces rétablies en 1980 et qui se visitent.On ne connait pas précisément la distribution de ce logement, mais son ampleur s'explique aisément par le fait que la dame d'honneur, de part son rang officiel à la cour et la représentation de la charge exigaient une vie mondaine continuelle.

La dame d'honneur reçoit beaucoup à cause de son travail .Par exemple, il était d'usage que les dames nouvellement " présentées" devaient faire une visite de courtoisie à la dame d'honneur la veille de leur présentation à la reine. Hors son " service" au lever, à la toilette, à la messe, aux grands couverts , aux promenades et couchers de la reine, elle recevait en audiences commensaux et quémandeurs, tenait table ouverte tous les jours, donnait receptions et bals .Tout cela au nom de la reine ...

Aussi son appartement devait compter antichambres, salle à manger, grand cabinet, salon de compagnie et un appartement d'habitation complet avec une cuisine particulière car elle était quasiment obligée de vivre à demeure à Versailles.W R Newton le localise dans son " espace du Roi" et indique quelques demandes de travaux. Il existe des plans aux Archives Natinales.

Marie Antoinette apprécia beaucoup cette dame qu'elle compta parmi les dames préférées. Elle la conserva longtemps auprés d'elle comme sa dame d'honneur jusqu'à la chute de la royauté, aprés la démission de Mme de Noailles, la " Mme Etiquette" qu'elle supporta et détesta longtemps.

Aussi on peut penser qu'elle favorisera ses demandes de travaux pour l'amélioration de son appartement, comme elle le faisait avec ses autres amies comme Mme de Lamballe, Mme de Polignac ou Mme d'Ossun.Détailler son mobilier est quasiment impossible car selon l'usage , d'une part une partie du mobilier était fourni par le garde meuble de la Couronne (Le garde meuble fournissait en effet, selon l'importance de l'occupant et sa charge, un mobilier varié plus ou moins riche et souvent des piéces de remploi provenant des appartements royaux ) et d'autre part , chaque occupant pouvait apporter son mobilier personnel pour le compléter. Aussi pour répondre à votre question, il faudrait donc se pencher sur les archives de la famille de Chimay et éplucher les inventaires du mobilier de la Couronne et les journaux du Garde Meuble qui existent toujours, afin de trouver des indications éventuelles concernant ce mobilier.

Source principale :

Cette fiche a été établie par :
Mr le Gentilhomme de la Chambre du forum Connaissances de Versailles - Modifiée et complétée par Admin le 08.10.08
Topic original du 17.02.06 et discussions :
http://versailles.forumculture.net/les-appartements-f35/appartement-de-la-princesse-de-chimay-t93.htm

Photos

Portrait de la princesse de Chimay par LM Van Loo Musée National de Versailles © RMN

Aile du midi Chateau de Versailles © Flick

4 commentaires:

Jean-Luc Shosan a dit…

L'attribution des appartements de Mme de Chimay est floue. La dame d'honneur bénéficiait elle d'une grand appartement ou seulement d'un petit cabinet???

Jean-Luc Shosan a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Jean-Luc Shosan a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Jean-Luc Shosan a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.